Mais oui, mais oui, l'école est finie ! (EP.43)

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Ah, l'école ! On a beau râler pendant toutes ces années où l'on y use les chaises et les tables, il reste qu'on y apprend un paquet de choses, en cours ou en dehors. Sur nous et sur les autres. Du coup, doit-on la voir comme un "commun" ? Un lieu d'apprentissage collectif où grandissent de jeunes citoyens ? Toujours est-il que, ces derniers temps, l'école devient aussi un enjeu économique et sa privatisation a de quoi soulever des questions.

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Mais oui, mais oui ! L'école est finie. Bonjour !

En 2000, à Dakar, lors du forum mondial sur l'éducation, 164 pays adoptent le programme « Éducation Pour Tous ».

En 2000, à Dakar, lors du forum mondial sur l'éducation, 164 pays adoptent le programme « Éducation Pour Tous »1. Une liste ambitieuse de 6 objectifs visant à améliorer l'accès à l'éducation d'ici à 2015. La même année, à New-York, 193 états membres de l'ONU signent la « Déclaration du Millénaire »2. 8 objectifs affichés également pour 2015 afin de préserver le développement mondial. L'accès à l'éducation apparaît en seconde position.

L'intention est vertueuse mais, aujourd'hui, 15 ans plus tard, les résultats ne sont pas au rendez-vous. En 2012, il restait 121 millions d'enfants non scolarisés et, surtout, les inégalités se creusent. Les enfants les plus pauvres ont désormais 4 fois moins de chance d'aller à l'école que les plus riches3.

Alors, certains économistes préconisent une solution plus radicale : privatiser le système éducatif4. Car plus de concurrence, c'est plus de motivation pour mieux enseigner, c'est bien connu. Selon la Société Financière Internationale, le marché de l'éducation privée représenterait 380 milliards d'euros, de quoi susciter des vocations.5

L'entreprise anglaise Pearson - leader mondial du secteur - affichait 6,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2014, dont 61% en Amérique du Nord6. Manuels scolaire, formation des professeurs, évaluation des élèves, pas d'inquiétude Pearson s'occupe de tout.

Pour les pays en développement, le groupe britannique a même lancé des écoles « low cost » grâce à sa filiale Bridge International Academies7. Présentes en Inde, au Ghana ou au Kenya ces écoles sont livrées en kit - des plans du bâtiment aux manuels scolaires - et les cours sont dispensés par des professeurs formés en 5 semaines. Au Ghana par exemple, l'enseignement est facturé à la journée et les paiements sont contrôlés par un bracelet électronique porté par chaque élève. Si la facture n'est pas réglée le 5 du mois, c'est l'exclusion. Un apprentissage radical de la compta.

Au lendemain de l'ouragan Katrina, la Nouvelle-Orléans est devenu un laboratoire de l'enseignement privé8. En moins de 10 ans, 84 des 89 écoles sinistrées ont été réhabilitées sous forme d'écoles privées, les « charter schools ». Alors qu'avant la catastrophe, 65% des écoles de la ville étaient sous les standards d'éducation nationaux, aujourd'hui elles ne sont plus que 6%. Mais l'excellence a un coût. Certains établissements excluent plus de 50% de leurs élèves. Quand à l'égalité de l'accès à l'enseignement, elle n'est plus au programme : les écoliers noirs ont 69% de chances de plus de se retrouver dans des établissements les plus pauvres9.

Mais allons voir du côté des bons élèves. En Suède, au milieu des années 1990 sont nées les « Friskoles ». Payées par les impôts mais gérées par des entreprises privées, ces écoles gratuites ont vite attirer entreprises et fonds de pension. Et ça se comprend : en 2013, elles auraient dégagé 2,5 milliards d'euros de bénéfices en encaissant les chèques éducatifs distribués par l'état10. Une belle réussite, sauf quand les cancres font plonger toute la classe. En 2013, la société danoiss John Bauer fait faillite. Propriétaire de 31 écoles, elle laisse sur le carreau 11.000 élèves et 1.000 professeurs11.

Autre inconvénient de ce système : lorsque les élèves sont moins nombreux, la rentabilité vacille. Comme en 2008, où ces écoles privées suédoises ont équilibré leurs budgets en tranchant dans les moyens pédagogiques12. Du coup, en 2013, dans le classement des pays de l'OCDE sur la qualité de l'enseignement, la Suède a chuté de la 5ieme à la 30ieme place.Faire de l'école un bien privé, c'est la rendre vulnérable aux mêmes crises économiques que n'importe quelle entreprise. À ce détail près que les produits vendus par cette école font partie des socles de nos démocraties, comme l'accès au savoir ou l'apprentissage de la vie en société. Des biens communs en somme.

Sources

Sources principales

Sources complémentaires

Des articles, des vidéos, des émissions viendront poursuivre la réflexion.

Crédits

Crédits

Un programme court proposé par Premières Lignes Télévisions et Story Circus en coproduction avec France Télévisions.

Écriture et enquête

Julien Goetz & Sylvain Lapoix

Réalisé par

Julien Goetz & Henri Poulain

Directeur artistique

Henri Poulain

Graphiste

Laurent Kinowsky

Sound design

Célia Sayaphoum & Emmanuel Rebaudengo

Mixage

Yves Zarka

Productrice exécutive

Laurence de Rosière

Production exécutive

StoryCircus

France 4 / France Télévisions Nouvelles Écritures

Boris Razon Cécile Deyon

Renaud Allilaire

Christophe Cluzel

Administratrice de production

Sandrine Miguirian

Catégorie:Épisodes Catégorie:Saison 3


  1. http://www.unesco.org/new/fr/education/themes/leading-the-international-agenda/education-for-all/↩︎
  2. http://www.un.org/fr/millenniumgoals/bkgd.shtml↩︎
  3. http://unesdoc.unesco.org/images/0023/002324/232433f.pdf↩︎
  4. http://www.slate.fr/story/77312/privatiser-ecole-france-pas-tout-fait-une-fiction↩︎
  5. http://www.humanite.fr/les-multinationales-inventent-les-ecoles-low-cost-570309↩︎
  6. https://www.pearson.com/corporate/ar2014.html#sec5↩︎
  7. https://www.wsj.com/articles/SB113374845791113764↩︎
  8. http://america.aljazeera.com/articles/2014/4/4/new-orleans-charterschoolseducationreformracesegregation.html↩︎
  9. http://info.arte.tv/fr/lechec-de-la-privatisation-des-ecoles-en-suede↩︎
  10. http://www.reuters.com/article/us-sweden-schools-insight-idUSBRE9B905620131210↩︎